Wednesday, October 5, 2016

Chirurgie esthétique et amour de soi : deux notions incompatibles ?

Je me suis fait opérer le jeudi 22 septembre dernier afin de subir une augmentation mammaire. J'avais prévu de longue date d'écrire un article sur la chirurgie esthétique après mon opération, mais j'étais loin de me douter de tout ce que j'allais apprendre et vivre suite à cet événement.
En effet, on ne peut pas deviner ce qu'une opération de chirurgie esthétique représente tant qu'on ne l'a pas vécu.
A présent, toutes les critiques que j'ai entendues (visant généralement des personnalités connues telles que les Kardashian), que ce soit "c'est débile", "ça montre un profond mal-être", "c'est une beauté plastique", "ça véhicule un message toxique de notre corps", me paraissent vides de sens.
Avant, elles m'agaçaient. Maintenant, elles m'invoquent une ignorance crasse : les suppositions et jugements d'une personne qui n'y connait rien.
Du vide, quoi.

Lorsque mon opération n'était encore qu'un projet, je m'imaginais aller à la clinique et en ressortir avec la plus belle paire de loche que la terre n'eut jamais portée. Je serais fière de ma poitrine et rien ne serait plus jamais pareil. De là, j'ai construit mon argumentaire autour de la pertinence de la chirurgie esthétique sur un blog Radical Self Love.
Parce que la question qui se posait était celle-ci : comment une blogueuse qui parle principalement d'amour de soi peut-elle se faire refaire les seins ?
Gala Darling a dû faire face à cette problématique après son opération, lorsque de nombreux lecteurs lui ont reproché de nourrir un diktat du complexe et se sont désabonné de son blog "parce qu'ils ne pouvaient plus se reconnaître en elle, car elle n'avait plus de petits seins".
(Les gens, s'il vous plait.)

Finalement, j'ai été très surprise.
Tout d'abord, il faut savoir qu'après une augmentation mammaire, vos seins...se gèrent tout seuls. Ils sont durs comme du béton (j'aurais pu tuer un homme avec je crois), prennent une forme absolument pas naturelle, la peau entre les deux est tendue à souhait, et avec un peu de chance, quelques taches mauves apparaissent de ci de là (de bons bleus impressionnants, quoi).
J'ai donc été confrontée à un problème que je n'avais pas du tout calculé : me retrouver face à un corps...clownesque.
Non seulement vous ne reconnaissez pas votre propre corps, ce qui est déjà relativement violent, mais en plus, ce n'est pas pour découvrir ce que vous aviez rêvé de voir. Vous savez que ce n'est que temporaire, mais l'expérience est perturbante. Choquante, même.

De plus, vous avez mal. Dès que vous faites quoi que ce soit. Au début, le simple fait de lever les mains vous fait souffrir. De soulever un petit objet. Vous appuyer sur vos bras est impensable.
Vos mouvements sont gênés, vous ne pouvez plus rien faire.
Si vous aviez l'habitude de faire du sport comme moi, vous faites une croix dessus jusqu'à la fin du mois.
Si vous aimiez vous étirer, oubliez ça.

J'ai ressenti une séparation mentale entre moi et mon corps. Je ne le reconnaissais plus dans le miroir (au début, j'évitais même de le regarder), et je n'avais plus le droit de l'utiliser. Le lien que j'avais construit avec lui était rompu, et il fallait tout refaire.

Il faut aussi savoir que la chirurgie esthétique ne fait pas de miracles. Ce n'est pas de la magie. Vous ne pouvez pas exiger d'avoir une chose précise. Non, je ne me suis pas retrouvée avec la poitrine de mes rêves. Pour ma part, le chirurgien m'a mesurée sous tous les angles avant de me dire "la distance entre vos épaules et votre poitrine est très petite, vos seins sont très hauts. Vous ne pourrez pas faire plus d'un bonnet C".
Voilà.
Est-ce que je suis déçue ? Bien sûr.
Mais mon corps est comme ça. Mon corps est conçu comme ça. On pouvait faire plus grand, mais le résultat n'aurait pas été convenable. Alors j'ai pris le choix d'avoir les seins qui iraient le mieux avec le corps qui m'a vue naître.
Vous voyez ? On se retrouve toujours au point "accepte-toi". Il n'y a pas de miracle. On a toujours des obstacles, et au final on se retrouve toujours à "accepter". Ce n'est pas une tricherie, ce n'est pas un raccourci facile. Ça vous emmène juste vers un cheminement différent. D'autres genres de problèmes, qu'on saura mieux gérer.

Le pire, je pense, est le soutien-gorge de contention, à garder jour et nuit durant un mois. Ça vous rend folle. Vous avez ce truc qui vous serre, qui vous fait parfois un mal de chien, et que vous ne pouvez pas enlever. Et quand vous pensez au nombre de jours qu'il vous reste à devoir le porter, vous n'avez qu'une envie : hurler et arracher ce truc maudit de votre corps emprisonné.
Chiant à mourir.



Tout ça pour dire : la chirurgie esthétique n'est pas une croisière de facilité où on se réveille avec le corps de Beyoncé et où on se met comme par magie à aimer notre corps. On entre en conflit avec, on doit réapprendre à l'accepter, à l'aimer, d'une toute autre manière

Maintenant, la question reste donc :
Pourquoi se faire refaire les seins quand on tient un blog sur l'amour de soi ?
La réponse va être très simple.
Justement parce que je m'aime.
Parce que je m'aime assez pour dépenser 5000 boules dans mon propre corps. Parce que je m'aime assez pour n'en avoir rien à foutre, de perdre des lecteurs déçus ou d'éveiller de l'incompréhension. Parce que je m'aime assez pour vaincre des clichés stériles et m'offrir le meilleur.
Parce que je n'ai qu'une vie et parce que je refuse de la passer à être en conflit avec mon corps, avec ma féminité. Je n'ai pas le temps.
Mais j'avais l'argent.
Donc je n'avais aucune raison de m'abstenir, si c'était ce qui me faisait envie.

Ainsi, pour moi, la chirurgie est on ne peut plus pertinente dans un travail d'amour de soi, si on en a les moyens et l'envie.
Je connais des personnes qui se font des piercings pour se réconcilier avec leur corps.
Je connais des personnes qui se font des tatouages pour s'aimer davantage.
Que quelqu'un m'explique la différence avec la chirurgie ? Il n'y en a pas.
Désolée.
Je connais des tas de gens qui me répondront "ce n'est pas du tout pareil".
Et en quoi ? Nous avons dans les trois cas une modification volontaire, peu naturelle, chère, violente et irréversible.
Oui, un piercing, c'est violent (est-ce que vous vous êtes déjà fait un industriel ? Violent.)
Un tatouage, c'est violent. Il y a du sang qui se mêle à l'encre et vous perdez de la peau pendant des jours. Si votre corps n'est pas violenté, je suis une girafe.
La chirurgie, c'est violent. Je le vois à ma peau, je le vois à mes cicatrices, je le vois dans mes bleus.
Ne pensez pas que je dresse ces pratiques les unes contre les autres. Je suis percée (7 fois, 8 fois auparavant, mais mon piercing au téton est parti dans l'opération EH OUI DOMMAGE), je suis tatouée (3 fois, bientôt 4), et maintenant, je suis refaite.
J'aime décorer mon corps, j'aime l'orner, j'aime l'améliorer. J'aime l'amour de soi par l'amélioration et le changement.
Et j'aime aussi l'amour de soi par l'acceptation et la paix. J'ai toujours été très transparente là-dessus.

Alors maintenant, est-ce que dis que la chirurgie est une bonne chose ?
Oui.
Déso pas déso. Je n'ai plus envie d'entendre des discours du genre "est-ce que je veux dire que la chirurgie est une bonne chose ? Je n'irais pas jusque là. Cela reste quelque chose de lourd, qui demande de la réflexion..."
J'en ai marre de ce politiquement correct.
Oui, je trouve que la chirurgie esthétique est une bonne chose. C'est un progrès. C'est une opportunité.
Et je pense que je vous prendrais pour des cons si je devais vous rappeler que ça demande réflexion. Vous le savez ! Vous savez ce que la chirurgie représente ! C'est bien pour ça que les gens s'insurgent contre mon discours, non ? Parce que la chirurgie esthétique n'est pas quelque chose à prendre à la légère, et ça, tout le monde le savait déjà.
Mais cela reste une chouette chose. Qui a aidé des millions de personnes depuis qu'elle existe.
Je n'ai pas encore rencontré de gens que la chirurgie aurait rendus malheureux.
J'ai l'impression que les seules personnes qu'elle fâche, ce sont ceux que ça n'intéresse pas.
(On n'aime pas trop ce qui n'est pas comme nous, n'est-ce pas ?)

Je trouve la chirurgie pertinente dans un travail d'amour de soi, tout simplement parce que j'ai vu une nette amélioration de ma confiance en moi depuis mon opération. Alors que j'ai encore mes pansements, alors que mes cicatrices ressemblent encore à des vers de terre, alors que je suis toujours obligée de porter mon soutien-gorge de contention, alors qu'ils n'ont pas encore la bonne forme, ni la bonne consistance.
Parce qu'auparavant, je me sentais "difforme", parce que j'avais l'impression que ma féminité était atteinte, parce que je ne me sentais pas pleinement femme.
Je savais bien qu'il n'en était rien, que j'étais tout à fait normale, avec un joli corps, que la taille de mes seins ne changeaient en rien ma féminité, et que le statut de femme ne tenait pas du mérite (Simone de Beauvoir était une grande dame, mais son "on ne naît pas femme, on le devient" était une belle injure).
Mais à un moment, j'en ai eu marre de me battre, de me faire violence. J'étais mal, et il fallait l'accepter. Ne pas complexer sur mon complexe (joli cercle vicieux). Et enfin accepter l'idée que changer mon corps n'était pas une trahison au Grand Ordre Du Bodypositive.
Si quelqu'un me reproche d'avoir eu recourt à la chirurgie esthétique, cette personne n'est pas bodypositive.
Cette personne émet un jugement sur mon physique.
Point final. Fin du débat.

L'amour de soi, ce n'est pas adhérer à de nouveaux diktats.
Ce n'est pas culpabiliser pour nos choix.
L'amour de soi, c'est avant tout faire ce que l'on a envie.
L'amour de soi, c'est "mon corps, mes règles".

Je me suis fait opérer parce que je fais ce que je veux.
J'exige de faire ce que je veux, parce que j'estime le mériter.
Et j'estime le mériter, parce que je m'aime.

Alors voilà. Sur ce blog, mes intentions ont toujours été claires. Nous faisons ce que nous voulons, et adoptons les stratégies qui nous correspondent afin de nous aimer.
C'est une pratique infinie, avec des milliers de façons différentes d'y arriver.
Faites ce que vous voulez de votre corps, et complètement.
Votre, corps, votre choix.



9 comments :

  1. Mille mercis pour cet article avec un plus pour cette phrase :
    "Un tatouage, c'est violent. Il y a du sang qui se mêle à l'encre et vous perdez de la peau pendant des jours. Si votre corps n'est pas violenté, je suis une girafe." Tu n'es pas une girafe si ça peut te rassurer!!!

    Big up aux big women (dans le sens qui s'assument, enfin t'as compris, bref, je suis crevée)
    j'espère juste que ce commentaire ne fait pas doublon avec celui sur hellocoton et bordel vive le RADICAL SELF LOVE

    Lo(rette)

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    1. Big up aux femmes qui s'assument, aux femmes grosses, à toutes les femmes ! <3
      Merci beaucoup pour ton message !

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  2. Très très très bien dit :)

    Merci pour ce chouette article qui met encore une fois en évidence qu'il y a des milliers de façon de s'aimer, se respecter & faire ce qu'il y a de mieux pour nous même :)

    Bravo pour ton courage car rares sont les personnes qui affirment avec autant de force & de clarté ses idées & convictions :)

    Tu es une source d'inspiration à mes yeux :)

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    1. Ooooh merci beaucoup, ça m'a beaucoup touchée <3

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  3. Ah que coucou :)
    Ça fait super longtemps que je n'étais pas revenue sur Blogger...
    Mais je te lis avec toujours le même plaisir :)

    Je me rappelle que tu en parlais il y a longtemps déjà, de cette opération :) Je suis contente qu'elle se soit concrétisée et qu'elle te plaise :)
    Avant mon premier piercing (j'en ai qu'un mais dès que j'ai du boulot ça sera la fête *w*), j'avais super peur aussi. Le prix n'était pas rebutant (35€ parce que j'avais une réduction) mais j'avais quand même peur. Et qu'est-ce que j'ai eu mal pendant la soirée entre potes qui a suivi. Mais dès que j'ai pu enlever le pansement, ma réaction devant le miroir a été "Waouh, mais je suis BONNE ! :O"
    Donc je te rejoins totalement pour le côté "orner son corps pour mieux l'aimer" :)

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    1. Aaaaah je suis contente de te revoir ici !
      Tu t'es fait quel piercing ?
      Je trouve que le piercing est nettement plus dur que le tatouage. Tout le monde s'inquiète d'avoir mal en se faisant tatouer mais je trouve ça très facile à vivre par rapport à un piercing. Un piercing met bien moins de temps, mais c'est très brutal ! Alors que le tatouage est plus question d'endurance.

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    2. Quel accueil chaleureux ! <3
      Le nombril <3 J'ai osé sauté le pas en en discutant beaucoup avec ma meilleure amie qui l'avait fait 2 ans plus tôt =)
      Et ça me va bien, parce que c'est caché, haha ^^
      Mais j'aimerais beaucoup orner mes oreilles avec de jolies choses. C'est pour ça que j'attends d'avoir un taf et d'être dans une situation stable avant de me lancer.

      J'ai pas eu si mal que ça lors de la pose, j'ai eu l'impression qu'on m'éclatait un gros bouton xD (miam) Mais c'était plutôt dans la soirée qui a suivi, me pencher me faisait mal u_u

      Ça fait maintenant plus d'un an que je l'ai, et je l'adore :) J'ai changé le bijou une seule fois depuis, j'ai pas encore eu le coup de cœur pour un autre ^^

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  4. Très bel article, très bien écrit.
    Je n'ai pas subi de chirurgie esthétique mais je n'exclus pas de le vivre un jour. Je suis en revanche 3 fois tatouée et cela contribue à mon "amélioration de mon moi". Je comprends tout à fait alors qu'une opération de chirurgie esthétique ait juste cet effet "mieux".
    Et merci d'avoir expliqué que ce n'est pas magique, que ce n'est pas exactement comme cela a été rêvé, imaginé, fantasmé. Tout le monde devrait avoir cela en tête...

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  5. Bel article. Le droit de disposer de son corps est fondamental, et c'est bien ce dont il s'agit ici.

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