Sunday, February 14, 2016

S'aimer est-il narcissique ?


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C'est un fait : les gens ont une trouille bleue de l'amour de soi. Que ce soit chez eux ou chez les autres. Avez-vous déjà essayé de répondre à un compliment par "je sais, merci c'est très gentil" ? Énorme colère dans l'assemblée.
Vous SAVEZ ? Mais comment pouvez-vous prétendre SAVOIR que vous êtes beau, intelligent, que vos cheveux brillent autant ou que vos yeux sont d'un bleu si clair ?
Ah, on vous a déjà complimenté là-dessus auparavant ? MAIS CA N'EXCUSE RIEN comment pouvez-vous TIRER LES CONCLUSIONS selon lesquels vous êtes définitivement très beau ?
(Non sens.)

Si vous vous détestez, les autres seront toujours là pour vous dire que vous n'avez aucune raison de vous en faire, que vous êtes très bien, parfait, même.
Mais si vous vous aimez, on essaiera de vous trouver tous les défauts du monde.
Et si vous osez dire que vous êtes parfait, c'est l'hécatombe. Alors qu'on n'aurait pas hésité à vous qualifier de perfection si vous ne vous étiez pas aimé.

Il y a un principe que je trouve très drôle : les gens sont légèrement allergiques à la réussite des autres. La jalousie est l'un des défauts les plus courants, et il est même souvent vu comme une qualité (ha ha) (ne faites pas ça chez vous). On dit que vos amis voudront toujours vous voir heureux, mais jamais autant qu'eux.
Pour l'amour de soi, c'est la même chose. On ne veut pas que vous vous détestiez, mais si vous pouviez continuer de vous détester un peu plus que moi je me déteste, ce serait bien.

Pourquoi est-il si mal vu de s'aimer ? De se trouver des qualités, d'affirmer nos points positifs, de ressentir une vraie satisfaction par rapport à notre propre personne ?

C'est parce que c'est nouveau.
Et donc inconnu.
Et comme tout ce qui est inconnu, ça fait peur.

Toute votre vie on vous a poussé à vous trouver trop ceci, trop cela.
Dès que vous allumez la télévision, on vous rappelle que vous êtes trop gros, trop petit, trop grand, que vos cheveux sont trop ternes, que vos aisselles ne sont pas assez belles.
Le marketing est basé sur un système de harcèlement.
Aujourd'hui, c'est la Saint-Valentin.
Et je suis prête à parier que vous n'avez jamais autant ressenti l'envie d'être en couple, en voyant tout ce qu'on vous met sous les yeux à longueur de journée depuis une semaine.
Le marketing est centré sur les besoins du consommateur. 
Et le plus facile est alors de lui créer des besoins. De le persuader qu'il a besoin de votre produit, même si auparavant il a très bien fait sa vie sans.

La pyramide de Maslow

La pyramide de Maslow est constituée de 5 besoins élémentaires, accompagnés d'un 6ème besoin ayant fait son apparition tout récemment :

1) Les besoins primaires : manger, boire, se reproduire, dormir
2) Le besoin de sécurité : avoir un toit, un travail
3) Le besoin d'appartenance à un groupe social : famille, étudiant, travailleur avec enfant...
4) Le besoin d'estime : avoir ce dernier téléphone à la mode, obtenir une promotion, monter les échelons de sa société, avoir confiance en soi
5) Le besoin de s'accomplir : d'accéder au bonheur et de trouver un sens à sa vie, être créatif.
6) Le besoin de contrôler le temps : avoir un internet toujours plus rapide, une 4G toujours plus performante pour aller toujours plus vite.

Les deux premiers besoins sont appelés "besoins fondamentaux". Vous ne serez jamais amené à alimenter ces besoins : vous savez TRÈS BIEN que vous devez manger, boire, coucher (sauf si vous êtes asexuel), que vous avez besoin d'une maison et d'un revenu.

Mais les autres ? Ces "besoins d'accomplissements" ? Peut-on vraiment parler de besoin ?
Et si on ajoute des besoins au fil du temps, peut-on vraiment parler de besoin ?
Non.

Pourtant, ils sont là. Ils provoquent réellement en nous un réel désir. 
Ce sont des besoins "de désir", finalement. D'envie. Les deux premiers besoins sont des besoins vitaux (auxquels j'aurais rajouté le 5ème besoin, le besoin de s'accomplir, mais c'est un avis tout personnel). les autres sont basés sur notre désir.

Vous voyez le quatrième besoin, que j'ai mis en évidence ? Le besoin d'estime.
C'est de lui qu'on va parler aujourd'hui.
C'est du pain béni pour les publicitaires.

Qu'on le veuille ou non, on est très attaché au regard des autres. On veut plaire, on veut au moins être approuvé. Même inconsciemment.
Le besoin d'estime est uniquement basé sur ça : on veut grimper les échelons, que ce soit dans une société ou juste les échelons de la vie (être plus ceci, plus cela, vous améliorer dans un domaine qui vous passionne, avoir davantage de culture générale...).

Les magazines, la publicité, vous fait alors sentir que vous n'êtes pas "assez". Assez quoi ?
Vous le savez. Si vous lisez ce blog, vous avez déjà lu des magazines et vous avez déjà regardé des publicités dans la rue ou à la télévision.
On vous invente des complexes qui n'ont rien à voir avec vos préférences personnelles, on les encadre en toile de fond de votre vie (coucou diktat de la minceur), et on vous colle un besoin de régler le problème.

Vous devenez alors un consommateur parfait pour tout produit de beauté, fer à friser, crème amincissante, shampoing brillance...

L'industrie de la beauté est presque basée sur le fait qu'on se déteste.

Et tout cette parenthèse n'a servi qu'à cela.

Quand vous vous détestez, vous devenez un consommateur hors-pair.

Quand vous vous aimez, vous arrêtez de consommer, ou vous consommez différemment. Un rouge à lèvre coûte tellement moins cher qu'un fond de teint.

Donc, détestez-vous.

Qualités faussées

Mais Anaïs, c'est bien, tu as parlé marketeux pendant dix minutes, et j'ai bien compris que le monde de la publicité ne veut pas que je me kiffe ! Mais alors pourquoi les gens qui m'entourent et qui n'ont rien à voir avec notre système de consommation ne veulent-ils pas non plus que je m'aime ?

Parce qu'ils ne s'aiment pas non plus, les enfants.
Parce qu'ils ont vu les mêmes publicités et lu les mêmes magazines.
Parce qu'ils viennent de dépenser 50€ dans un fond de teint ou que le matin-même ils ont cliqué sur un pop up "enlarge your penis".

Parce que s'aimer fait réfléchir. Ça vous fait réfléchir vous, et ça fait réfléchir ceux qui vous entourent. On nous a appris que le manque de confiance en soi était une qualité, que l'on déguise souvent en "humilité" ou "modestie". Et que l'amour de soi n'était que narcissisme, prétention, vanité.

Nous avons vécu pendant des siècles dans une société essentiellement religieuse. L'humilité était une qualité à cultiver, et la vanité un péché grave. On était éduqué à n'avoir aucun mérite, à ce que toutes les bonnes choses qui nous arrivaient ne furent en rien le fruit de nos efforts mais un cadeau de Dieu, et qu'il était terrible de penser le contraire.

A présent, on a un bien meilleur rapport à Dieu, tout en conservant nos croyances. Nous reconnaissons plus volontiers le divin en nous et nos réussites sont maintenant dues à tout ce que nous avons fait, même si Dieu nous l'a accordé, car il s'exprime maintenant en nous.

C'est un changement très important dans la façon de voir notre rapport à Dieu car nous ne sommes plus des marionnettes, mais des personnes acceptant les opportunités qu'on nous tend. Sans nos efforts, il n'y a rien. Dieu, ou pas.

Oui, même vous, les athées, vous êtes tous les jours influencés par le passé catholique de votre société. Un pays entier ne se débarrasse pas de ses anciennes influences en un claquement de doigt et il est normal que vous en gardiez des traces, vous aussi.

Mais c'est un changement récent et notre mentalité inconsciente est toujours là : s'aimer est mauvais. C'est un défaut.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi une qualité est vue comme une qualité, et un défaut est vu comme un défaut ?

Parce qu'ils entraînent des conséquences mauvaises. Par défaut, j'entends.

Maintenant, posons-nous la question : quelle conséquence négative entraîne l'amour de soi ? Quelle conséquence entraîne le narcissisme ?
On est juste, dans le pire des cas, planté devant notre fontaine. Et on se regarde. Et la vie est belle.
Si vous avez envie de me dire "oui mais Narcisse il s'est NOYEEEEEEE", donnez-moi d'abord une personne qui est un jour réellement tombée amoureuse d'elle-même. C'est un mythe, les enfants.
Ne soyons pas si extrêmes à propos du narcissisme.

Rappelons que le terme "narcissisme", au sens premier et selon le Larousse, signifie "Admiration de soi-même".
Mais quelle horrible chose.

A propos de l'humilité et de la vanité, pour lesquels nous serons d'accord de dire qu'il s'agit de contraires parfaits, je pense que l'importance est de garder un équilibre.
La vantardise (qui n'est pas la même chose que la vanité, je vous explique ça plus bas), poussée à l'extrême, peut être très agaçante pour votre entourage.
Mais l'humilité ne vous aide pas beaucoup non plus et n'est qu'un pont vers le manque d'estime de soi. Elle n'est pas le manque d'estime de soi. Mais la doser pour éviter cela est compliqué, car nous vivons dans un monde où s'aimer est difficile, où on nous encourage à ne pas nous aimer. L'humilité se rapproche alors du fardeau, même si sur le papier c'est une qualité très chouette, je n'en doute pas. Mais on nous pousse trop vers le bas au quotidien pour qu'on puisse se permettre d'être humble.

Je vais faire clair : vous regarder dans le miroir quand vous essayez une jupe, et vous exclamer "je suis canon !", ce n'est pas de la vantardise.
Et dire "oui, là je suis pas mal, mais c'est cette jupe qui me va bien", ça ne vous sert à rien.

Oui, pour les autres vous passerez pour une personne humble, modeste, et on vous dira "oh mais nooon, c'est toi, tu es parfaite" et tout le monde sera rassuré dans son mécanisme de détestation de soi.

Mais vous n'en avez pas marre ?
Assez de cette hypocrisie !
Osez dire "ho ho ho je suis canon", osez dire "j'ai réussi à faire ce travail en deux semaines, je suis vachement efficace", osez dire "oh mon dieu, j'ai réussi ! Je suis tellement douée !"

Ce n'est pas de la vantardise. C'est un juste retour à vos valeurs. C'est une vision objective de vous-même.
Même en vous adorant, vous aurez toujours un regard critique sur vos défauts et sur ce que vous pouvez améliorer. On ne vit pas dans un monde de poneys roses parce qu'on s'aime.
Mais vous aurez aussi une vue plongeante sur tout ce qui va. Sur vos qualités, sur votre beauté, sur vos succès et progrès.

Et ça, c'est avoir une vision juste de vous-même.

S'aimer avec modération ?

Maintenant, vous aurez peut-être envie de me dire "Mais on peut aussi s'apprécier avec modération. On est pas obligé de s'adorer, il y a aussi une juste mesure, un certain équilibre."
Vous aimez bien ça, la juste mesure. Vous vous mouillez pas trop.

Est-ce que vous vous dites parfois que vous devriez aimer votre copain ou votre mari avec modération ?
Que vous devriez tomber amoureux en trouvant la juste mesure ?
Qu'il y a quand même un certain équilibre à ne pas dépasser quand vous adoptez un animal ; après tout il ne faut pas non plus l'adorer ?
Qu'on peut très bien juste apprécier vaguement ses amis, pour ne pas en faire trop ?

Vous ne vous dites jamais ça. Mais avec vous-même, c'est ok.
Pourquoi pensez-vous autant ne pas être digne d'amour ? De votre amour ?

Qu'est-ce qui bloque ?

Le ciel ne vous tombera jamais sur la tête parce que vous vous aimez.
La seule chose que vous remarquerez, c'est que vous serez plus heureux, que vous aurez plus de compassion envers vous-même, plus de douceur, que vous aurez plus de motivation au quotidien, que vous serez plus à l'aise dans des lieux publics et en société, que vous serez également plus gentil et encourageant avec votre entourage.

Voulez-vous vraiment tout ça avec modération ?
Non.

Je côtoie tous les jours sur Internet des gens qui s'aiment, qui s'adorent. Qui on fait de l'amour de soi leur métier.
Est-ce qu'ils ont l'air détestable ? Prétentieux ? Orgueilleux ?
Non.
Ils ont l'air heureux. Et adorable.
Ils encouragent les autres et font preuve d'une gentillesse à toute épreuve.

Quand vous vous aimez, vous voyez le monde autrement. Une fois que vous avez passé le cap de l'amour de soi, le bonheur est tout prêt. Tout, tout prêt.
Je pense qu'amour de soi et bonheur sont intimement lié, alors qu'ils ont l'air de n'avoir aucun rapport à la base.

Avez-vous remarqué qu'en cas de déprime, la première chose sur laquelle vous déchargez votre colère ou votre tristesse, c'est vous ?
Vous n'êtes pas assez bien, vous êtes trop ceci, pas assez cela, et puis il y a trois mois vous avez fait ça, ça prouve bien que vous êtes nul ! Vous n'êtes même pas capable de faire ça...
Est-ce que vous imaginez, si toutes ces horribles pensées que vous avez contre vous-même disparaissaient complètement ?
Est-ce que vous imaginez les tracas en moins ? Le soulagement ?
A quel point il serait tellement plus facile de se remettre d'aplomb si on ne se persuadait pas qu'on n'était bon à rien ?

Vous ne voulez pas ça avec modération.
Vous le voulez complètement.
Et moi aussi.

Alors osez vous aimer.
Osez prendre soin de vous.
Osez être qui vous êtes.
Osez vous affirmer.
Osez prendre de la place.
Osez prendre des selfies.
Osez encourager les autres.
Osez, juste, ne plus être fâché contre vous.
Osez être fiers.
Osez vous regarder dans la fontaine.
Vous ne pouvez pas vous noyer, le bassin fait 20 cm de profondeur putain.
Qu'est-ce qu'il pourrait vous arriver ?

Une foule de choses merveilleuses.

Ne vivez pas avec modération.


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A la semaine prochaine !

Images de Soli Art et tumblr.




14 comments :

  1. Aaaaah je suis si contente de te voir revenir écrire ici :)
    J'aime beaucoup ce que tu fais & ça me donne un peu d'espoir
    Merci

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    1. Je suis contente que ça te plaise :) <3

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  2. Ravie de te relire ! Jusque-là je sous-marinais essentiellement mais je prends enfin mon courage pour écrire (j'ai tendance à ne pas oser le faire car j'ai l'impression de ne rien pouvoir apporter ou de dire des choses inutiles).
    Ce premier-pas-si-premier article est fantastique, bourré de positif ; à chacune de tes énonciations concernant ce culte de la haine de soi, je me reconnaissais. Ma dépression est essentiellement due à celle-ci, et je en lisant ton texte, je me suis rendue compte à quel point c'était pitoyable d'en arriver à un point où on souhaiterais presque mourir uniquement pour ce que l'on est, uniquement parce qu'il n'y a pas assez de "Mais aime-toi, bordel." autour de nous.
    Alors merci, mille mercis, à chaque fois que je repenserais à des horreurs, je viendrai relire ce coup de pied au cul.

    Tu es une excellente personne Anaïs, j'ai hâte de pouvoir lire de nouvelles pensées de ta part.

    Plein d'amour sur toi ♥

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    1. Ton message m'a fait tellement chaud au coeur <3 Sortir un premier article est toujours stressant et tu m'as donné plein de courage !

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  3. La question des besoins et des désirs est au centre de nombreuses considérations sociologiques actuelles (la Pyramide de Maslow n'étant d'ailleurs qu'une expression naïve et simplifiée, certains vont jusqu'à distinguer 32 besoins, mais bref, elle a quand même un certain intérêt dans un premier temps, mais reste très critiquable) (et je suis parfaitement d'accord avec toi sur le fait que le besoin d'accomplissement est en fait un besoin d'ordre premier). En fait, la distinction désir / besoin est également un grand débat en philosophie. Je pourrai te parler plus abondamment, de la solution que propose Spinoza, une solution que je trouve véritablement satisfaisante.

    Par ailleurs, la question des qualités et des défauts, de leur appréciation et de leur nomenclature est également importante en philosophie. Encore une fois, j'ai de nombreux éléments de Spinoza que je pourrais t'apporter sur ce point, si ça t'intéresse ^^ Ce que je pourrai dire ici, c'est que bien sûr les athées sont influencés par la société judéo-chrétienne, et j'emploie ici le mot "société" à dessein, afin de montrer qu'en fait, ce qui détermine en immense partie nos actions. Le terme technique employé, "affect social", désigne l'ensemble des actions d'un groupe humain qui n'existeraient pas sans l'existence particulière de ce groupe, mais qui ne sont pas le fait conscient d'un seul individu, mais au contraire constituent un mouvement de groupe souvent amplifié par l'image qu'on se fait de l'action des autres ("je vais faire ça, parce que c'est plutôt comme ça qu'on fait, même si ça me plaît moyennement", il apparaît parfois que tout le monde se fait cette réflexion et que ça ne plaît à personne). Ce que j'essayais ici de dire, c'est que nous sommes tous sujets à des influences complexes de type morale judéo-chrétienne, et donc, la véritable distinction n'est pas "athée" ou "croyant". Plutôt, il s'agit de distinguer entre celui qui est conscient d'être influencé par les affects sociaux et les autres, et en fait, on ne peut pas les distinguer : chacun en est conscient avec un niveau d'intensité différent (et il n'est pas certain qu'une mesure et une comparaison de ces niveaux d'intensité soit pertinente). Bref, je me suis égaré.

    J'ai trouvé dans l'Éthique un terme qui ressemble beaucoup à l'amour de soi. Spinoza l'appelle "satisfaction de soi-même" ou "satisfaction en soi-même" (c'est traduit du latin). Je veux te dire ça, parce que cette dénomination me semble correspondre à l'amour de soi, mais n'implique pas forcément une intensité passionnelle, ça peut être quelque chose de calme, et en ce sens "mesuré", mais toutefois intense et non réprimé. Donc on peut vouloir un amour de soi "modéré" au sens "calme", bien que j'admette que vouloir le réprimer est dommage (et relève en fait d'une violence commise à soi-même, au nom toutefois d'une imagination qui fait croire que cette violence causera en fait un bien).

    Parfois, aussi, il y a des obstacles concrets au bonheur. Oui, le ciel va nous tomber sur la tête si on est heureux. Des déterminismes psychologiques peuvent mener à ce genre de complexion où le bonheur est vécu comme un interdit ou une douleur. Bien sûr, ce sont là des pensées inadéquates, mais s'en rendre compte rationnellement n'est pas simple, et lutter passionnellement contre elles l'est encore plus, en effet de tels processus sont en général liés à des automatismes dont le but est d'éviter la douleur / de survivre, aussi, ils ont leur pleine justification dans leur inadéquation, et les dépasser est un défi (c'est pour ça que la psychologie a autant de valeur).

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    1. Enfin, j'aimerais réfléchir sur la relation que tu exhibes entre bonheur et estime de soi. Tu avances que le bonheur est une conséquence d'une estime de soi suffisante. Et je comprends, je suis même plutôt d'accord. Pourtant, j'ai des raisons de penser, à l'inverse, que le bonheur accompagne l'estime de soi parce qu'il en est la cause plutôt que la conséquence. Quelqu'un disait "La Béatitude n'est pas la récompense de la vertu [c'est à dire, dans ce contexte précis, l'action dans son intérêt bien compris, selon ce qui fait réellement et non imaginairement du bien], mais la vertu même, et nous n'en éprouvons pas la joie parce que nous pouvons réprimer nos [passions] mais c'est au contraire parce que nous en éprouvons la joie que nous pouvons réprimer ces [passions]". J'ai remplacé le mot "désir" par le mot "passion", parce que je préfère cette formulation-là : en fait, c'est le bonheur, l'état de bien-être, c'est-à-dire, le fait d'agir selon ce qui nous fait effectivement du bien, qui donne la force de combattre ce qui, en nous, s'oppose à ce bonheur et tente instinctivement de nous en faire sortir. Parfois, donc, le bonheur est la condition de possibilité de l'estime de soi, et en retour, avoir de l'estime de soi est une action qui est objectivement bonne pour soi, donc "augmente" le bonheur.

      Voilà, je voulais simplement ajouter ces remarques à l'édifice agréable de ton article (dont je salue le ton), et te remercie de l'avoir écrit.
      À bientôt =)
      Rem

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    2. Je te réponds dès que j'ai davantage de temps, je passe en coup de vent sur le blog avant de me préparer et je pense que cette discussion mérite plus de 2 minutes ^^
      (Cette réponse est très menaçante.)
      (Je voulais pas.)

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    3. Pas de problème =) (Je n'ai senti aucune menace ^^)

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  4. Du coup tu n'es pas revenue sur la vanité ! (qui est pour moi vraiment un défaut; rien que parce qu'il y a "vain" devant, ça sous entend une coquille vide dans ma tête)
    chouette article sinon, je le garde sous le coude pour les moments de déprime !

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    1. La vanité vient bien de vain, mais elle est une façon plus péjorative (à mon gout) de tout simplement parler de narcissisme. Rien d'autre. Parce que comme elle a dit, le narcissisme est mal vu, et donc il fallait trouver un mot qui le définirait. Et pouf! Vanité est né. Pour bien nous intégrer, marteler dans la tête que s'aimer est vain, inutile et mauvais. Pour qu'on ose pas tomber dedans, que c'est un mal à éradiquer. On peut être vain et ne pas être vaniteux, mais être vaniteux c'est être vain. Cherche l'erreur. Je trouve que c'est aussi un problème de distinction et d'étymologie. Et de vocabulaire. Au final, ça revient au même. Être vain c'est faire des actions inutiles ou être inutile (ce qui en soit est faux, personne n'est inutile) et être vaniteux c'est prouver que l'on aime son apparence, ce qui est soit disant vain. Ce cercle de malaise pour la personne. Etre vaniteux, s'aimer, c'est être coquet, bien dans sa peau ou narcissique, ce n'est pas de la vantardise, mais c'est vu comme tel (même si je généralise) et donc... *roulements de tambours* c'est être vain. Et encore un effet cyclique infernal... -_-
      Après, c'est ainsi que je vois les choses, donc pour moi, Anais a bien parlé de la vanité, même si elle n'a pas forcément réutilisé le terme.

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    2. Ouiii ha ha ha j'ai vu trop tard que j'annonçais un paragraphe que j'avais fini par supprimer entretemps !
      Je suppose qu'il y a une notion de "vain" dans vanité parce que ce mot date justement d'une époque où s'aimer était mal vu, superficiel et, oui, vain.
      Mais nous sommes en 2016 et l'amour de soi n'a désormais plus rien de vain et péjoratif, on peut donc prendre la liberté d'utiliser et considérer le mot "vanité" autrement :)

      Merci pour ton message :)

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  5. Sinon, merci pour cet article.
    Je crois que je vais le filer à plein de mes amies qui en ont grand besoin. (Notamment une qui a de gros gros problèmes d'estime de soi... ce qui m'a toujours attristé)

    Tu dis qu'il y a beaucoup de gens qui sont prêts à aider les gens dans ce sens. Je suis absolument d'accord. JE fais partie des gens qui ont mis du temps mais qui ont fini par s'aimer. :)Et j'essaie d'aider mes proches à faire de même (notamment ma sœur adolescente, et c'est pas facile). Mais il faut aussi prendre en compte que si la personne ne veut pas t'écouter, ne veut pas accepter ce que tu lui proposes. Ça ne changera rien, avec toute la bonne volonté du monde. On peut juste espérer qu'elle aura garder dans un coin de son cœur tes mots et qu'ils feront tilt un jour. C'est ce que j'ai pu observer autour de moi.
    Mais je pense que la simple présence d'une personne qui s'aime dans un entourage aide à faire ce chemin. C'est ce qui m'est arrivé. Et je pense donc que c'est comme un virus (dans un sens positif), on commence avec une personne, et ça se propage. Et c'est bon, et ça fait du bien. Et ça pourrait aller à une plus grande échelle, et faire du bien aux gens.
    (Suis-je un peu trop rêveuse?)
    Enfin bon, comme toujours merci pour cette bouffée d'air pur que tu nous communiques. Et je suis contente de te voir revenir ici :3
    Bonne continuation! *w*

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    1. Je pense que même si une personne n'est pas prête à entendre un discours sur l'amour de soi, il est toujours très positif de le lui dire, car ça crée un climat bénéfique pour cette personne :) Même si elle ne s'aime pas, elle saura toute sa vie qu'elle a le droit de s'aimer, ce qui lui donne quelque chose de propice à le fare :)

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  6. Alors. Que puis je ajouter.
    - Ne pas confondre estime et amour de soi. On peut se trouver efficace, beau, intelligent... Et pourtant ne pas s'aimer. Tout comme on peut admirer quelqu'un ou lui trouver moult qualités sans l'aimer.
    - Comme l'a précédemment expliqué Rem, je pense que dans certains cas (pas systématiquement) le bonheur est cause et non conséquence de l'estime de soi.
    - reste la question : comment y accéder, à cette estime de soi ? :p ça demande beaucoup de force, notamment si on vit dans un environnement assez toxique là dessus. Pour ma part je sais que c'est facile puisque je suis constamment encouragée par mes parents et mon amour. Quand au contraire on se fait rabaisser au quotidien il est extrêmement dur de ne pas accorder de crédit au médisances, ou du moins de ne pas y réagir émotionnellement même quand on sait rationnellement qu'on a de la valeur. Mais bref il y a là matière pour un autre article ;)
    Félicitations pour ce ''premier'' !

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